Un patrimoine qui bascule
Construits entre 1942 et 1944 le long du littoral picard, les blockhaus du Mur de l’Atlantique occupaient à l’origine le haut de plage — derrière la dune, en retrait de la mer. Quatre-vingts ans plus tard, l’érosion du trait de côte, conjuguée à la submersion marine et aux tempêtes hivernales, les a rattrapés.
Aujourd’hui, plusieurs dizaines d’ouvrages se retrouvent sur l’estran, sur le sable même, parfois bord à bord avec les épis de bois. Certains basculent lentement, d’autres se sont retournés sous la poussée des marées de vives-eaux et surtout des tempêtes. Chaque ouvrage devient une station de mesure involontaire — un témoin daté du recul du rivage.



Un programme de documentation au long cours
Depuis 2018, le Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale mène un inventaire photographique et géoréférencé des blockhaus du littoral picard, de la pointe du Hourdel à Berck. L’objectif : suivre leur déplacement et leur basculement année après année, comme on suit une station marégraphique.
Chaque ouvrage est photographié dans les mêmes conditions (basse mer, lumière oblique d’automne) et relevé au GPS. Les écarts mesurés entre deux campagnes permettent d’estimer le taux de recul local du trait de côte, en complément des données de l’Observatoire de la côte picarde.
Ce que l’inventaire documente
- La position exacte de chaque ouvrage à l’instant de la mesure (latitude, longitude, altitude).
- Son orientation et son basculement par rapport à sa position d’origine.
- Son état de conservation — fissuration, corrosion des armatures, dépôts marins.
- Le contexte sédimentaire environnant — galets, sable, vase, présence d’épis ou de digues.
Lire le littoral en mouvement
Le basculement des blockhaus n’est pas un accident. Il raconte, à l’échelle d’une vie humaine, ce que la géomorphologie nous apprend à plus longue échéance : la côte picarde recule, le cordon dunaire migre, l’estran avance. Ces bétons figés deviennent paradoxalement des marqueurs de mouvement.
Dans le sillage de ce travail de grande envergure, LPBS s’intéresse plus particulièrement au Blockhaus du Hourdel. L’un des objectifs pourrait être de suivre cet ouvrage sur une année ou sur un temps plus long. Les internautes pourraient être invités à partager leurs propres photos, leur propre vision du blockhaus.
Ce travail s’inscrit dans le programme « Patrimoine maritime » de LPBS, en lien avec les recherches sur l’érosion menées par le Cerema et le BRGM, et avec les actions de sensibilisation auprès des communes du littoral.